Gabriel Yacoub

samedi 13 mai 2000

Salle Serge Goudailler à Magny le Hongre

Bien sûr, je savais que l'émotion serait forte, malgré la salle, malgré l'endroit, dans un village transformé en zone pavillonaire autour de Disneyland, bien neuf, bien propre tout d'abord, bordant le golf Disneyland, après la Mickey-route.
Vous ne savez pas qui est Yacoub ? Le fondateur du groupe Malicorne. Cette musique m'a longuement accompagné dans ma vie. Je ne connais pas l'histoire du groupe, ni pourquoi cela fait huit ans qu'il travaille en "solo", édité par les labels de Boucherie Productions. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans le groupe. J'en imagine peut-être les déchirures, j'en suis triste sans les connaître. J'aimais la voix de Marie Yacoub, les contrechants. Sa présence m'émouvait.
Les vies sont ce qu'elles sont, garderont leur mystère comme jusqu'ici elles l'ont fait.

Présence

Sa facilité de la scène est immédiate, sympathique. Bien sûr, il a du métier, je le sais. Mais là il s'agit d'une présence réelle, énorme, qui remplit la salle sans la fasciner, la laissant dans l'heureuse attente de ce qui arrive. Ils sont trois. Nathalie Rivière au violon et chant, Yannick Hardouin, chant et Takamine Basse fretless (sublime instrument). Beauté des bois et des sons. L'évidence de la voix, dès les premiers mots chantés. Rien ne me manque.

Entre les chansons, il parle un peu. Je suis, comme toujours, très mal à l'aise quand un chanteur parle. Comme en équilibre, pourquoi ce besoin de présenter ce que nous allons entendre. Puis peu à peu nous rentrons dans son discours, nous l'acceptons. Il est drôle, parce qu'il est vraiment honnête de ce qu'il écrit, de ce qu'il fait. Pas de fausses manières, pas de fausses attitudes.

La salle est pleine à craquer. Mais nous sommes tellement peu nombreux. Le prix des places est dérisoire. Pourtant c'est grâce à cela que nous avons pu venir, avec deux de nos trois enfants. Ils ont chaud sur la scène. "Vous avez chaud, là où vous êtes, dit-il, mais nous on a les projecteurs dans le cul, vous ne savez pas comment ça chauffe ces machins-là !". Nathalie Rivière. J'ai l'impression de l'avoir déjà vue, de la connaître, avec ses beaux cheveux longs bouclés et son air inquiet.

Textes

Sa voix évidente, Gabriel Yacoub lui fait traverser les textes avec une justesse de ton, de mode. Il n'y a rien à redire aux textes. Ce sont de vrais textes. Ils sont tous écrits avec une réelle profondeur, une réelle intelligence, une vraie beauté. Ils ne sont pas faciles, ils sont pleins de sens, sans chevilles, sans un mot de trop, juste ce qu'il y a à dire. J'y reconnais un travail d'écriture tendue.

J'y reconnais une proximité, comme une différence. Mais sa musique me permet de croire à la mienne, celle que j'ai dans la tête et que j'essaie de réaliser, ses chansons me redonnent de la chance pour les miennes. Sa présence me fait du bien, comme elle nous a fait du bien ce soir-là. J'y ai vécu là quelque chose d'important.

Merci.

EB

PS: merci à Erwan qui m'a fourni le nom du bassiste !